Retour 21ème congrès LLL (15-16 novembre 2025. Dourdan)
Comme tous les 2 ans, se tenait cette année à Dourdan, le congrés de la Leche League réunissant de la France entière, associations bénévoles, professionnels de la parentalité et familles avec de nombreux bambins en prime. Le site apaisant en pleine nature, a permis un vrai ressourcement malgré la pluie.
Les échanges ont été riches et l’ambiance très agréable, une guitariste avait même été missionnée pour rappeler en douceur la reprise des présentations.
Les intervenants ont pu nous exposer leurs travaux menés avec une rigueur scientifique afin de mettre à jour nos connaissances.
Ayant eu le privilège de pouvoir y participer, je vous propose de vous partager mes notes sur les conférences auxquelles j’ai assisté.
Comprendre son bébé, le langage secret des pleurs :
Pr Nicolas Mathevon: professeur en neurosciences à l’université de St Etienne, spécialiste en bioacoustique et directeur d’études à l’école Pratique des Hautes Etudes (PLS).
Présentation de l’étude menée par l’ENES et le CHU de St Etienne qui apporte un éclairage nouveau sur les pleurs des bébés et nos capacités à y répondre.
« Le pleur du bébé est un signal de communication propre à chacun ». Il peut être grave ou plus aigu en fonction de la morphologie des voies aériennes supérieures. Chaque enfant aura une « musicalité de pleurs » en rythme, hauteur et en intensité reconnaissable.
Les pleurs ne peuvent pas être « décodés » en fonction de la cause qui les a déclenchés, mais leur intensité est en relation directe avec le niveau de détresse de l’enfant.
Trois critères principaux vont le caractériser : la hauteur (de grave à aigu), l’intensité (de doux à très fort) et ce qui est qualifié de « rugosité » par les auteurs. Ce terme caractérise le changement d’aspect de la voix dans le pleur, celle-ci devient irrégulière, poussée, saccadée, jusqu’au spasme parfois ou mêlée à la toux. Les temps inspiratoires y sont très brefs et espacés.
L’expérience auprès d’enfants en bas âge modèle le cerveau des adultes et leur permet de répondre de manière plus adaptée aux besoins de ceux-ci. Hommes et femmes paraissent égaux, c’est davantage le temps passé auprès de l’enfant qui va être déterminant dans la reconnaissance de la signature vocale.
Les résultats de l’étude menée montrent que 4 expositions aux pleurs de leur enfant suffiraient aux parents à permettre son identification (à 90%). Et ceci de manière identique que ce soit la mère ou le père.
Cette étude met à jour le rôle déterminant des pères d’aujourd’hui, plus investis auprès de leurs enfants.Effectivement, en passant plus de temps avec eux (multiplié par 4 en 50 ans, en occident) cela leur permet de se synchroniser et pour le père d’avoir une meilleure compréhension et une réponse plus efficace aux besoins de son enfant.
Pour aller plus loin :
*https://comprendrebebe.com/
Ce site a été élaboré par le laboratoire de BioaccoustiqueENES et le CHU de Sr Etienne afin d’expliquer les pleurs aux parents, avec des exemples sonores et des conseils, il est très ludique. L’adresse devrait figurer dans les carnets de santé afin de prévenir le risque du bébé secoué.
*Livre « Comprendre son bébé. Le langage secret des pleurs »Nicolas Mathevon
Douleur des Bébés, n’avions-nous toujours pas su ?
Dr Didier Cohen-Salmon: Médecin anesthésiste réanimateur pédiatrique, président de l’association Sparadrap de 1993 à 2011.
Description historique détaillée des pratiques avec l’absence de prise en charge de la douleur chez l’enfant et plus particulièrement au cours d’interventions chirurgicales chez le prématuré.
Il apparait complètement hallucinant que ces opérations aient pu être pratiquées sans anesthésie aucune jusque dans les années 80-90…
Constat que la prise en charge de la douleur chez les enfants n’est toujours pas optimale bien qu’elle ait progressé. L’utilisation de moyens non médicamenteux analgésiques comme la tétée n’est pas encore mis en place de manière systématique dans les maternités ou les services de néonatologie ou pédiatrie pour accompagner des gestes douloureux.
Note de l’auteur : J’ai encore en mémoire le souvenir douloureux d’avoir, en 2007, demandé à allaiter ma fille lors d’une pose de perfusion dans un contexte de bronchiolite. Elle pleurait. La réponse que j’ai reçue a été que ma fille serait mise à jeun, mais je pouvais la contenir pendant que l’infirmière la piquait, ce que j’ai refusé, j’ai dû sortir de la pièce, me sentant totalement impuissante et ne supportant pas ses pleurs de détresse. Je savais que la tétée l’aurait apaisée immédiatement…
Pour aller plus loin :
* En travers de la gorge. L’enfant, les amygdales-végétations et la douleur Didier Cohen-Salmon–InterEditions 1994
Livres aux éditions Erès :
* Le jeune enfant, ses professionnels et la douleurDidier Cohen-Salmon 2007
* Douleurs et souffrances dans le soin à l’enfant Didier Cohen-Salmon 2024
Le code international, son histoire, son devenir :
Britta Boutry–Stadelmann,PhD, animatrice LLL, IBCLC, Coordinatrice WBTI Swiss et France, consultante GIFA.
L’IBFAN (International Baby Food action Network) a participé avec l’OMS et l’UNICEF à la rédaction du code. Ceci suite au scandale qui a incriminé Nestlé dans les années 70 après une campagne marketing irresponsable ayant entrainé le décès de milliers de nourrissons en Afrique du Sud.
Le code OMS a été mis en place pour protéger les enfants en régulant les pratiques commerciales des entreprises produisant des substituts de lait maternel.
Les bébés ne peuvent être pris pour des cobayes.
Britta Boutry-Stadelmann experte en la question reprend sa genèse.
Toutes les ONG qui ont participé à la rédaction du code sont représentées au sein de l’IBFAN.
Les rapports WBTI (World Breastfeeding Trends Initiative) relatent la mise en place du code dans le monde.
40 sites au monde produisent des préparations commerciales pour nourrissons.
Une nouvelle alerte vient d’être lancée sur les compositions de substituts de lait maternel qui peuvent différer d’un pays à l’autre.
Les produits Nestlé contiendraient deux fois plus de sucre lorsqu’ils sont destinés aux marchés mexicain ou africain que ceux destinés au marché Suisse par exemple.
Il est rappelé que les préparations pour nourrissons sont des produits ultra transformés mais leur composition est censée être encadrée.
La croissance des ventes de Préparation pour nourrissons est supérieure à celle du taux de natalité mondial malgré l’augmentation de la prévalence de l’allaitement.
Aujourd’hui, d’autres voies et d’autres biais sont utilisés pour brouiller les messages de santé, dont celle du numérique. Les réseaux sociaux sont noyautés par les entreprises avec récupération de données à l’insu des parents via des applications d’« aide au nursing » qui sont sponsorisées par des firmes de préparations commerciales pour nourrissons..
Des influenceuses rémunérées ou recevant des cadeaux vantent les bienfaits de produits.
Les pratiques commerciales des fabricants de tire-laitdeviennent de plus en plus intrusives ; préconisation aux prescriteurs de ne pas promouvoir de marque.
Nouvelle déclaration d’IBFAN à ce propos, mettant en garde contre toute promotion commerciale quelle qu’elle soit, publication en septembre 2025 par GIFA(Geneva Infant Feeding Association) :
https://www.ibfan.org/ibfan-statement-medela-pump-companies-and-foundations/
Nous sommes tous impliqués dans la mise en œuvre du code : Politiques, firmes, professionnels de santé, commerçants, consommateurs. L’application partielle en France n’est pas satisfaisante.
Comment contr’attaquer ? Promotion, formation et accompagnement de l’allaitement, chiffrer les économies de santé, appliquer le code dans son intégralité, générer des publicités pour l’allaitement comme s’il s’agissait d’une « marque ».
VIH et allaitement : les nouvelles recommandations :
Pr Mandelbrot : chef de service gynécologie-obstétrique CH Louis Mourier-APHP-Université Paris cité
Eva Sommerlatte: présidente depuis 2007de l’association des familles vivant avec le VIH
Regards croisés sur le VIH et les avancées de sa prise en charge côté médical et association d’usagers.
1500 femmes porteuses du VIH accouchent chaque année en France (dont 1/3 l’apprennent pendant leur grossesse), il était important de prendre en compte leur désir d’allaiter à la lumière des données scientifiques disponibles. Ceci afin de prendre une décision partagée et d’établir un partenariat de suivi adapté. En ce qui concerne la grossesse et la charge virale, on considère aujourd’hui que I=I (ou en anglais U=U) ; Indétectable = intransmissible.
Le risque de transmission via le lait maternel avec une charge virale indétectable est très faible mais n’est pas encore considéré comme égal à zéro. Il est estimé à moins de 1% par mois d’allaitement en l’absence de traitement.
Conditions optimales requises pour l’allaitement d’une mère vivant avec le VIH, nouvelles recommandations de l’HAS émises en 2024 :
- Début de prise de traitement antirétroviral antéconceptionelleou durant le 1er trimestre de grossesse puis observance de la prise du traitement durant toute la grossesse et l’allaitement (applications « Life 4 me+ » ou « Mythérapie » aidantes), accompagnement par des séances d’éducation thérapeutique (ETP).
- Charge virale maternelle indétectable depuis au moins 6 moispuis pendant toute la durée de l’allaitement (effectuée1x/moisdans le même laboratoire).
- Engagement du suivi régulier pendant la grossesse et toute la durée de l’allaitement (1 RDV/mois).
- Surveillance sérologique du bébé tous les 3 mois (jusqu’à 3 mois après sevrage puis encore entre 18 et 24 mois).Administration quotidienne de la PrEP (traitement Pré Exposition Prophylactique) jusqu’à 15jours après le sevrage.
- Allaitement exclusif les premiers mois conseillé, complémentation avec des préparations pour nourrissons non contre-indiquées si nécessaires.
- Suspendre les tétées en cas de mastite ou abcès sur le sein atteint en entretenant la lactation au tire-lait.
- Limiter la durée d’allaitement à 6 mois.
- Suivi par une équipe multidisciplinaire aguerrie(infectiologue, généraliste, gynécologue-obstétricien, pédiatre, sage- femme, IPDE, consultante en lactation IBCLC, associations) dont la maman a les coordonnées pour un contact rapide si besoin.
Les facteurs de risque pendant l’allaitement ont été définis par rapport à des études menées essentiellement en Afrique et seront à réévaluer lorsque plus d’études européennes seront disponibles.
Ceux-ci seront-ils toujours existants en Europe avec une charge virale stable indétectable ?
La prise d’un traitement antirétroviral efficace, en Europe, n’amène–t-elle pas au risque 0 ?
A réévaluer grâce aux suivis en France répertoriés par l’observatoire LactaVIH et les études menées actuellement en Europe.
https://anrs.fr/recherche/projets-de-recherche/observatoire-lactavih/
Exemples :
Ce facteur de risque a été mis en lumière en Afrique sur une population qui peut donner en complément du lait maternel, des bouillies de céréales écrasées, beaucoup plus irritantes pour l’intestin que des préparations pour nourrissons. L’augmentation de risque ne semble pas sevérifier avec les préparations pour nourrissons. A vérifier.
Eva Sommerlatte rappelle l’importance du soutien par les associations et les pairs via le projet « Grandes sœurs » :
Les difficultés, les plus fréquentes, soulevées par les mères sont :
L’espoir de voir évoluer les recommandations repose désormais sur les données scientifiques à venir.
Importance de diffuser l’information auprès des soignants et des mamans porteuses du VIH afin de leur permettre une décision partagée.
Mise à disposition d’un guide pour s’informer et mieux soigner : « Grossesse, allaitement et VIH : un choix éclairé pour tous.tes ! »
La production lactée quelles qu’en soient les circonstances :
Charlotte Yonge : animatrice LLL et IBCLC.
Intervention axée sur la pratique de l’allaitement et la régulation de la lactation.
Rappels sur la physiologie de la lactation, les étiologies des hypos et hyperlactations et les leviers possibles pour agir efficacement dessus.
Savoir repérer les situations qui vont engendrer des problèmes au cours de l’allaitement, apporter un soutien personnalisé et scientifiquement étayé.
Importance soulignée de l’enseignement de l’expression manuelle aux futures et nouvelles mamans. Le recueil de colostrum les premiers jours est un indicateur positif d’allaitement exclusif.
Description de cas cliniques avec particularités morphologiques ou « attitudes » nécessitant une prise en charge particulière avec utilisation d’«outils» pour augmenter le transfert de lait.
Revue de différents types de tire-laits et spécificités à connaitre pour une utilisation optimale en fonction des besoins.
Comment faire une évaluation juste de la taille des téterelles avec la mesure du mamelon au mètre ruban.
Les rappels sur nos pratiques et cas cliniques sont toujours aussi intéressants !
Note de l’auteur : petit bémol concernant l’information sur l’étude Platinium peut-être pas tout à fait judicieuse après l’intervention de Britta sur le code OMS et le nouveau focus sur les sociétés de location de tire-lait…
Etre une femme autiste et une maman :
M-Hélène Plaveret : animatrice LLL, ingénieure agronome
Absence de dernière minute d’Aurélie Polèse, le sujet a donc été présenté par Marie-Hélène Plaveret, elle-même, maman autiste, de manière très concrète et pratique.
Son témoignage est empreint de beaucoup de sensibilité. Son parcours de maman est teinté de rencontres inoubliables, d’incompréhensions liées à son autisme, à son diagnostic tardif et à l’autisme de ses enfants.
Marie-hélène nous parle d’autisme sans déficience intellectuelle, « handicap » invisible, mal connu et sous diagnostiqué chez les femmes, peut être grâce à des capacités de compensation plus importantes. Cela génère malheureusement, chez elles, un épuisement, un mal-être pouvant mener au burn out social. De nombreux profils très différents avec des symptômes plus ou moins marqués sont regroupés derrière ce terme.
Comment accompagner l’allaitement de mamans présentant ce type de troubles ?
Les clefs qu’elle nous confie : livrer une information détaillée et précise, reformuler pour éviter les interprétations erronées, valoriser leur différence. Il est important d’être attentif à l’hypo ou hypersensibilité sensorielle souvent présente qui sera à prendre en compte dans le soutien de l’allaitement, du portage et de la parentalité de manière générale.
Elle nous livre un message poignant afin de sensibiliser les professionnels à la compréhension et l’accompagnement à la parentalité des personnes présentant cette spécificité ou ayant un enfant autiste.
Ressources :
Programme SOUPAPE : Soutien parents autistes et partage d’expérience élaboré par le Groupement national centre ressources autisme www.gncra.fr
Le centre de ressources autisme Rhône-Alpes www.cra-rhone-alpes.org
Le Dispositif Ressources Autismes CESA – Centre d’Évaluation Savoyard de l’Autisme, CHS de la Savoie www.chs-savoie.fr
Flyer «T’as pas l’air autiste » https://centre-ressource-rehabilitation.org/t-as-pas-l-air-autiste-un-depliant-pour-lutter-contre-les-cliches-sur-l-autisme

Premiers jours de l’allaitement maternel 