Section de freins de langue chez les nourrissons et les enfants : alerte sur des pratiques abusives et recommandations

02 mai 2022 | Recommandations officielles

IPA se joint aux sociétés savantes et associations de professionnels pour un appel collectif à la vigilance

En France, les sociétés savantes et les associations de professionnels concernées par la santé du nourrisson et de l’enfant, s’inquiètent de l’augmentation anormale des frénotomies buccales chez ceux-ci après leur séjour en maternité. A la suite de l’Australie (420 % d’augmentation), la Nouvelle Zélande ou l’Amérique du Nord, ces pratiques se développent rapidement via des groupes de professionnels, plus ou moins reconnus mais soutenus par un flux important d’informations circulant sur les réseaux sociaux. Des pratiques qui peuvent avoir des conséquences sur la santé du nourrisson et représentent aussi des enjeux financiers.

IPA surveille le sujet depuis quelques temps déjà et s’applique à partager des ressources scientifiques fiables pour aider les professionnels à naviguer cette problématique.

Nous avons notamment présenté en français trois recommandations nationales et internationales et une revue Cochrane :

Ces documents soulignent : La nécessité avant tout acte chirurgical d’une évaluation clinique détaillée des capacités du nourrisson par un professionnel qualifié pour rechercher les autres causes de difficultés d’allaitement ; L’absence de consensus d’experts sur le frein de langue postérieur ; Un manque de preuves scientifiques ; Des techniques et gestes sans bénéfice accru ; Des effets secondaires à ne pas négliger.

Sur la base de ces recommandations et publications scientifiques, et face à l’accroissement très important sur tout le territoire de réseaux proposant, à des tarifs excessifs, de traiter par frénotomie buccale les douleurs mamelonnaires et l’arrêt précoce d’allaitement, ou pire de la pratiquer à titre préventif, des sociétés savantes médicales, chirurgicales, paramédicales, des collèges professionnels et des associations émettent les plus grandes réserves quant à l’intérêt et l’innocuité de ce geste invasif à risque d’effets secondaires.

5 recommandations françaises vis-à-vis des freins restrictifs buccaux

Pour cela, elles formulent 5 recommandations :

  1. Qu’en l’absence de difficultés, la présence d’un frein de langue court et/ou épais ne soit pas une indication chirurgicale. Elles rappellent qu’il s’agit d’un geste agressif et potentiellement dangereux pour des nourrissons.
  2. Qu’en présence de difficultés, quelles qu’elles soient, la démarche diagnostique scientifique soit réalisée par des professionnels de formation universitaire, ou ayant une formation agréée officiellement en allaitement, respectant une médecine basée sur des preuves, prenant en compte l’état général global de l’enfant complétée d’une évaluation rigoureuse anatomique et surtout fonctionnelle de la succion/déglutition de l’enfant. La sanction chirurgicale, restant exceptionnelle, devra se prendre en lien avec le médecin traitant.
  3. Qu’une frénotomie aux ciseaux puisse être indiquée après information aux parents du rapport bénéfice/risque, à condition qu’il existe un frein lingual antérieur court et/ou épais et uniquement après échec des mesures conservatrices non chirurgicales classiquement mises en place. Ce geste est réalisé avec ou sans anesthésie de contact, remise au sein immédiate et antalgique. Après la frénotomie : aucun geste intrabuccal n’est nécessaire les jours suivants.
  4. Que des études méthodologiquement rigoureuses ciblant les indications, l’efficacité et la tolérance de la frénotomie soient menées à terme sans délai.
  5. D’améliorer la préparation à l’allaitement et la formation des professionnels afin de prévenir, et d’accentuer la prise en charge conservatrice et non chirurgicale en cas de difficultés.

Signataires : Association CIANE, Association des Lactariums de France (ADLF), Association Française d’ORL pédiatrique (AFOP), Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA), Association I.P.A – Information Pour l’Allaitement, Centre de Référence Maladies Rares « Sd de Pierre Robin et troubles de succion-déglutition congénitaux » (SPRATON), Collège Français d’Orthophonie, Collège National des Infirmier(e)s puéricultrices(eurs) (IPDE), Collège National des Sagefemmes (CNSF), Conseil National de Pédiatrie, Conseil National Professionnel de Stomatologie et Chirurgie maxillo-Faciale, Comité de Nutrition de la Société Française de Pédiatrie, Coordination Française pour l’Allaitement Maternel, DIU Lactation humaine et allaitement maternel (DIULHAM), DU Allaitement maternel, Marseille, Fédération Nationale des orthophonistes, Groupe de Pédiatrie Générale, sociale et environnementale (GPGse : groupe de la SFP ), Fédération des réseaux de Périnatalité Française, Société Française de Chirurgie Orale, Société Française de Médecine Périnatale, Société Française de Néonatalogie, Société Française d’Odontologie Pédiatrique (SFOP), Société Française de Pédiatrie (SFP), Société Française de Stomatologie, Chirurgie Maxillo-Faciale

L’Académie nationale de médecine prend position et se joint à cet appel à la vigilance :

Notons que ces  deux communiqués n’abordent pas les thèmes des freins de lèvres et de freins de joue, qui sont pourtant également l’objet de thérapies intrusives (frénotomie, et /ou thérapie manuelle) et font aussi l’objet de recommandations internationales, comme nous l’expliquons dans nos articles:

Pour aller plus loin  :

 

Publié par : JC, Documentaliste IPA.

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