Faire le deuil d’un « allaitement raté » ? Pourquoi ? Comment ?

10 février 2020 | Articles thématiques

Un “allaitement raté” ?

Retour sur le livre d’ Amy Brown : Why Breastfeeding grief and trauma matters 

Amy Brown est professeur dans le département de Santé Publique et Sciences Sociales à l’Université de Swansea en Grande Bretagne et auteur de plusieurs livres sur les freins à l’allaitement. Elle a mené une enquête auprès de plus de 2000 mères qui souhaitaient allaiter mais n’ont pas pu mener leur projet comme elles le souhaitaient. Elle rapporte le résultat de 3 années de recherche dans ce livre en anglais de 150 pages.

Certaines femmes font le choix de ne pas allaiter, très sereinement, et ne ressentent pas de culpabilité. D’autres, après avoir essayé l’allaitement, et face à des difficultés, choisissent de passer au biberon, là encore sereinement.

Ce livre concerne une troisième catégorie de femmes. Celles qui souhaitaient allaiter et n’ont pas pu, celles qui, parfois des années après, gardent cette tristesse, ce regret, ce sentiment d’échec.
Pourquoi est-ce si important pour ces femmes d’allaiter ? Pourquoi ne peuvent-elles pas mettre ce projet à bien et que ressentent-elles? Peut-on parler de deuil, et de traumatisme ?

L’allaitement a plusieurs fonctions, et pas uniquement la fonction nutritive et de protection de la santé.

Amy Brown prend une position résolument féministe, comparant l’allaitement maternel à la fonction érectile masculine (tous deux sont des fonctions de reproduction) : lorsqu’un corps ne fonctionne pas comme il devrait, il est normal que cela pose question, que l’on établisse un diagnostic et cherche des solutions. Or le plus souvent la douleur des femmes qui ne peuvent pas allaiter est niée. La seule proposition est de donner le biberon.

Elle explique également à quel point allaiter est instinctif, et pas uniquement nutritif. En effet, allaiter contribue à renforcer le lien  d’attachement avec son enfant.

A travers des témoignages, elle nous raconte l’histoire de ces femmes blessées qui ont mis fin à des amitiés car voir leurs amies donner le sein était trop dur. D’autres,  professionnels de santé : sage-femmes, pédiatres, qui après avoir « raté leur allaitement », redoutent de devoir soutenir de jeunes mères.

Elle nous explique les émotions intenses rapportées par les participantes de l’étude, ressenties encore parfois des années après la fin de leur allaitement : déception, sentiment d’échec, tristesse, deuil, rancœur à l’encontre de son enfant parfois, et surtout culpabilité.

Elle souligne que la société nie les besoins physiologiques des bébés. En sous-entendant que les mères  sont épuisées  parce qu’elles n’imposent pas un rythme à leur bébé  (manger à heure fixe, dormir la nuit) la société les met en échec. La société ne s’occupe pas de ses nouvelles mères : elles sont isolées, inexpérimentées, et lorsqu’elles demandent de l’aide l’allaitement est toujours mis en cause dans leurs difficultés. On leur conseille le sevrage, alors même qu’allaiter est la seule chose qu’elles arrivent à faire et dont elles sont fières… Et une fois bébé sevré elles ont perdu cet « outil magique » qu’est l’allaitement pour l’apaiser.

Enfin un paragraphe est dédié à la guérison après un allaitement « raté » : comment surmonter ce passage difficile ? Et comment améliorer le soutien à l’allaitement ? Beaucoup de références à l’importance des consultant.e.s en lactation dans cette ouvrage.

En résumé : un livre sur les émotions ressenties par les mères qui ne peuvent pas allaiter aussi longtemps qu’elles le souhaitent… des témoignages, une réflexion sur la société, et sur les conséquences de l’arrêt de l’allaitement maternel lorsqu’il est subi et non choisi. Un livre à lire, pour chaque professionnel au contact de jeunes mères, et pour les mères ayant arrêté d’allaiter contre leur gré également.

Consulter le résumé  sur la base de données IPA

Cet ouvrage est disponible en prêt chez IPA. Voir les conditions de consultation au Centre de Ressources CERDAM d’IPA.

Pour aller plus loin   :

Présentation française par Elise Armoiry, consultante en lactation IBCLC
Publié par : KNM, Documentaliste IPA. 

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