Vaccination COVID-19 et allaitement

12 février 2021 | Articles thématiques
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Les femmes allaitantes peuvent-elles se faire vacciner contre le COVID-19 ?

Les femmes enceintes et les femmes allaitantes ayant été exclues des essais cliniques des quatre vaccins contre la Covid-19 (SARS-CoV-2) autorisés en France, il n’existe pas pour l’instant de données relatives à ce groupe de population. Les autorités sanitaires se montrent donc très prudentes, et invitent les mères allaitantes à consulter leur médecin.

Avertissement : cet article est régulièrement mis à jour pour refléter l’évolution des connaissances et des recommandations. Néanmoins, nous indiquons la date de dernière consultation des différentes sources car les informations sont susceptibles de changer rapidement et nous vous invitons à y être vigilant. De plus, nous ne citons ici que les recommandations qui concernent le rapport à l’allaitement.

Naviguez dans l’article :

Les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS)

Dans un premier temps, la HAS conseillait de ne pas vacciner durant l’allaitement. Elle a changé de position et la stratégie de vaccination contre le Sars-Cov-2 mise à jour recommande désormais :

Pfizer, Moderna et AstraZeneca : “Par ailleurs, il n’existe pas d’étude sur le passage de ces vaccins dans le lait ou chez la femme allaitante, mais la HAS rappelle que, sur la base des mécanismes biologiques (dégradation rapide des ARNm), il n’y a pas d’effet attendu chez le nourrisson et l’enfant allaité par une femme vaccinée. La vaccination chez la femme allaitante est donc possible.”

Janssen : “Les femmes qui allaitent ont été incluses dans les études cliniques de phase 3 du vaccin Covid-19 Janssen. Les données disponibles ne permettent pas de savoir si les composants du vaccin Covid-19 de Janssen ou les anticorps induits par ce vaccin sont excrétés dans le lait maternel. Aucune donnée ne permet d’évaluer l’impact potentiel du vaccin Covid-19 Janssen sur la production de lait ou sur l’enfant allaité. Toutefois, compte-tenu des résultats des études menées chez l’animal et chez l’Homme avec les autres vaccins de Janssen utilisant l’Ad26 comme vecteur montrant la dissémination limitée de ce vecteur non réplicable après une injection intramusculaire, aucun effet sur l’enfant allaité n’est attendu avec le vaccin Covid-19 Janssen. L’administration de ce vaccin pendant l’allaitement doit être envisagée lorsque les potentiels avantages l’emportent sur les risques potentiels pour la mère et l’enfant.

[Documents consultés le 30/03/2021]

Les recommandations de l’Agence Européenne du Médicament (EMA)

“Les études préliminaires menées chez l’animal ne mettent pas en évidence d’effets nocifs sur la grossesse; les données concernant l’utilisation du vaccin [Cominarty]/[COVID-19 Vaccine Moderna]/[COVID-19 AstraZeneca]/[COVID-19 Vaccine Janssen] pendant la grossesse sont cependant très limitées. Bien qu’il n’existe pas d’études relatives à l’allaitement, aucun risque n’est attendu en cas d’allaitement. La décision concernant l’utilisation du vaccin chez les femmes enceintes doit être prise en étroite consultation avec un professionnel de santé après examen des bénéfices et des risques.”

[Documents consultés le 12/03/2021]

Les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS)

Pfizer et Moderna : “L’allaitement offre des avantages substantiels pour la santé des femmes qui allaitent et de leurs enfants allaités. L’efficacité du vaccin devrait être similaire chez les femmes allaitantes et chez les autres adultes. Cependant, il n’y a pas de données sur l’innocuité des vaccins COVID-19 chez les femmes qui allaitent ou sur les effets des vaccins à ARNm sur les enfants allaités. Étant donné que le vaccin [BNT162b2]/[mRNA-1273] n’est pas un vaccin à virus vivant et que l’ARNm n’entre pas dans le noyau de la cellule et se dégrade rapidement, il est biologiquement et cliniquement peu susceptible de présenter un risque pour l’enfant allaité. Sur la base de ces considérations, une femme allaitante faisant partie d’un groupe recommandé pour la vaccination, par ex. les agents de santé devraient se voir offrir une vaccination sur une base équivalente. L’OMS ne recommande pas d’interrompre l’allaitement après la vaccination.” (traduction de l’anglais)

AstraZeneca : “L’allaitement offre des avantages substantiels pour la santé des femmes qui allaitent et de leurs enfants allaités. L’efficacité du vaccin devrait être similaire chez les femmes allaitantes comme chez les autres adultes. On ne sait pas si l’AZD1222 est excrété dans le lait maternel. Comme le vaccin [AZD1222] est un vaccin sans réplication, il est peu probable qu’il présente un risque pour l’enfant qui allaite. Sur la base de ces considérations, les femmes allaitantes qui font partie d’un groupe recommandé pour la vaccination, par exemple les agents de santé, devraient se voir offrir la vaccination sur une base équivalente. L’OMS ne recommande pas d’interrompre l’allaitement après la vaccination.” (traduction de l’anglais)

Janssen : “L’allaitement maternel offre des avantages substantiels pour la santé des femmes qui allaitent et de leurs enfants allaités. L’efficacité du vaccin devrait être similaire chez les femmes allaitantes comme chez les autres adultes. On ne sait pas si Ad26.COV2.S est excrété dans le lait maternel. Comme Ad26.COV2.S vaccin est un vaccin sans réplication, il est peu probable qu’il présente un risque pour l’enfant qui allaite. Sur la base de ces considérations, les femmes allaitantes qui font partie d’un groupe recommandé pour la vaccination, par exemple les agents de santé, devraient se voir offrir la vaccination base équivalente. L’OMS ne recommande pas d’interrompre l’allaitement après la vaccination.” (traduction de l’anglais)

[Documents consultés le 30/03/2021]

Ce que dit l’Academy of Breastfeeding Medicine (ABM)

Le 14 décembre 2020, l’ABM a publié une déclaration concernant les deux vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna.

Elle recommande aux mères allaitantes de discuter de cette décision avec ses médecins, et encourage les soignants à prendre en compte les avantages du vaccin pour la prévention du COVID-19 et de ses complications, des risques pour la mère et l’enfant de l’arrêt de l’allaitement maternel et de la plausibilité biologique des risques et des avantages du vaccin pour l’enfant allaité.

“Ces conversations sont difficiles, car l’essai de vaccin Pfizer / BioNtech a exclu les personnes allaitantes. En conséquence, il n’y a pas de données cliniques concernant la sécurité de ce vaccin chez les mères qui allaitent. Cependant, il y a peu de vraisemblance biologique que le vaccin soit nocif, et les anticorps anti-SRAS-CoV-2 dans le lait peuvent protéger l’enfant qui allaite.

Le vaccin est composé de nanoparticules lipidiques contenant de l’ARNm de la protéine Spike SARS-CoV-2; la séquence d’ARNm code uniquement pour cette protéine. Ces particules sont injectées dans le muscle, où les nanoparticules sont absorbées par les cellules musculaires. Ces cellules musculaires transcrivent ensuite l’ARNm pour produire une protéine Spike. La protéine Spike fabriquée par la cellule stimule une réponse immunitaire, protégeant l’individu de la maladie COVID-19.

Pendant l’allaitement, il est peu probable que les lipides du vaccin pénètrent dans la circulation sanguine et atteignent les tissus mammaires. Si c’est le cas, il est encore moins probable que la nanoparticule intacte ou l’ARNm soit transféré dans le lait. Dans le cas peu probable où l’ARNm serait présent dans le lait, il devrait être digéré par l’enfant et il est peu probable qu’il ait des effets biologiques.” (traduction de l’anglais)

[Documents consultés le 08/03/2021]

Ce que le dit le Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT)

“Il n’y a pas de donnée concernant la vaccination contre la Covid 19 chez des femmes allaitantes. Cependant, le passage systémique de l’ARNm et du vecteur viral après la vaccination n’étant pas attendu, leur présence dans le lait ne l’est pas non plus. De plus, les vaccins à ARNm et à vecteur viral contre la Covid 19 sont dépourvus de pouvoir infectant. L’enfant allaité ne risque donc pas d’être infecté par le vaccin effectué à sa mère. Au vu de ces éléments, une vaccination par vaccin à ARNm ou à vecteur viral contre la Covid 19 est envisageable chez une femme qui allaite.”

[Documents consultés le 08/03/2021]

Dans les autres pays…

Quelles sont les stratégies vaccinales concernant les femmes enceintes et allaitantes de pays qui utilisent les mêmes vaccins que la France ?

En Belgique :

Le Conseil Supérieur de la Santé belge (CSS) s’est déclaré favorable à la vaccination des femmes allaitantes :

“Malgré l’absence de données cliniques disponibles sur le sujet, la plausibilité d’un effet toxique chez l’enfant allaité est faible, si pas inexistante. A l’instar de ce qui est dit dans les dernières recommandations de l’OMS, le CSS n’a pas de craintes particulières à ce sujet.
Toutes les femmes allaitantes peuvent alors être vaccinées, d’autant plus s’il s’agit d’une personne travaillant dans le secteur des soins de santé ou appartenant aux groupes nécessitant une vaccination prioritaire”

[Documents consultés le 08/03/2021]

Au Royaume-Uni :

L’Agence de Santé Publique anglaise (PHE) recommande d’attendre la fin de la grossesse pour recevoir la vaccination, à moins de faire partie d’un groupe de population à risque. Néanmoins, au vu des bénéfices connus de l’allaitement et , les femmes allaitantes peuvent recevoir le vaccin.

“Il n’y a pas de données sur la sécurité des vaccins COVID-19 pendant l’allaitement ou chez le nourrisson allaité. Malgré cela, les vaccins COVID-19 ne sont pas considérés comme un risque pour le nourrisson allaité, et les avantages de l’allaitement sont bien connus. Pour cette raison, le JCVI a recommandé que le vaccin puisse être administré pendant l’allaitement. Ceci est conforme aux recommandations des États-Unis et de l’Organisation mondiale de la santé.” (traduction de l’anglais)

[Documents consultés le 08/03/2021]

Au Canada :

Le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI)  recommandait dans un premier temps de ne pas vacciner les populations exclues des essais cliniques contre la COVID-19 jusqu’à ce que d’autres données soient disponibles. Il déclare désormais :

“Le CCNI recommande de proposer une série complète de vaccins contre la COVID-19 aux femmes appartenant au groupe d’âge autorisé qui allaitent si une évaluation des risques révèle que les avantages l’emportent sur les risques en ce qui concerne la femme et le fœtus, et si le consentement éclairé comprend une discussion sur l’absence de données probantes concernant l’utilisation d’un vaccin contre la COVID-19 au sein de cette population.”

La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) a publié une déclaration en décembre 2020 qu’elle a réaffirmé le 3 mars 2021 :

Nous recommandons que les femmes enceintes et allaitantes admissibles à recevoir le vaccin contre la COVID-19 en raison du risque d’exposition, de leur état de santé ou d’autres circonstances puissent prendre une décision éclairée en leur donnant accès à des renseignements à jour sur l’innocuité et l’efficacité du vaccin (y compris des renseignements clairs sur les données qui ne sont pas encore disponibles) et des renseignements sur leurs risques d’infection au SARS-CoV-2. Les craintes liées à la vaccination malgré l’absence de  probantes sur l’innocuité du vaccin chez les populations enceintes ont fait l’objet de discussions dans la littérature. Un groupe de travail sur l’éthique de la recherche relative à la grossesse (PREVENT) précise que l’absence de données probantes et le simple risque théorique, voire observé, d’une atteinte fœtale ne suffisent généralement pas à justifier le fait de refuser aux femmes enceintes l’accès à un vaccin en cas d’éclosion ou d’épidémie. Pendant une épidémie, il y a lieu d’offrir par défaut le vaccin aux femmes enceintes comme aux autres populations touchées.

[Documents consultés le 08/03/2021]

Aux Etats-Unis :

Les Centres pour le Contrôle et la Prévention des Maladies (CDC), Collège américain des obstétriciens et gynécologues (ACOG) et la Société de médecine maternelle et fœtale conviennent que les nouveaux vaccins à ARNm COVID-19 devraient être proposés aux femmes enceintes et allaitantes éligibles pour la vaccination. A ce jour, plus de 10 000 femmes enceintes ont déjà été vaccinées.

“Il n’y a pas de données sur la sécurité des vaccins COVID-19 chez les femmes qui allaitent ou sur les effets des vaccins à ARNm sur le nourrisson allaité ou sur la production / l’excrétion de lait. On ne pense pas que les vaccins à ARNm présentent un risque pour le nourrisson allaité. Les personnes qui allaitent et font partie d’un groupe recommandé pour recevoir un vaccin COVID-19, comme le personnel de santé, peuvent choisir de se faire vacciner.” (traduit de l’anglais)

[Documents consultés le 08/03/2021]

En Israël 

Le ministère de la Santé israélien recommande de vacciner les femmes enceintes. Une décision prise après que plusieurs groupes de médecins aient souligné les risques que le virus représente pour la grossesse, suite à l’observation notamment de 10 cas graves chez des femmes enceintes en janvier 2021.

Le Conseil national de la médecine féminine et de la fertilité,  le Conseil et l’Association gynécologique et l’Association israélienne de recherche sur la fertilité ont publié leur position sur le lien entre la COVID-19, les vaccins et la fertilité. Ils déclarent :

“Les femmes qui allaitent n’ont pas été incluses dans les essais vaccinaux, mais les experts ne tiennent pas compte du risque qu’un nouveau-né soit vacciné par la mère via l’allaitement, en se basant sur l’expérience accumulée dans l’utilisation de vaccins contre d’autres virus et sur le mécanisme d’action du vaccin, c’est-à-dire le fait qu’il n’y a pas de particules virales dans le vaccin et la faible chance, le cas échéant, que le vaccin puisse également atteindre le lait maternel après son injection dans le muscle. De plus, comme le vaccin provoque des anticorps contre la maladie chez la mère, si et quand les anticorps arrivent pour un nouveau-né allaité, le nouveau-né peut également être protégé de la maladie.” (traduction de l’hébreu)

[Documents consultés le 08/03/2021]

Pour aller plus loin

Quelques ressources…

Discussions

Replays de conférences en ligne

Etudes

Ressources ajoutées en Mars 2021

  • Réaction au vaccin COVID-19 chez les femmes enceintes et allaitantes: une étude de cohorte [angl.]: Les vaccins à ARN messager (Pfizer/BioNTech et Moderna) contre la COVID-19 ont généré une immunité humorale robuste chez les femmes enceintes et allaitantes, avec une immunogénicité et une réactogénicité similaires à celles observées chez les femmes non-enceintes. Les réponses immunitaires induites par le vaccin étaient significativement supérieures à la réponse à une infection naturelle. Le transfert immunitaire aux nouveau-nés a eu lieu via le placenta et le lait maternel.
Ressources ajoutées en Avril 2021
  • Des anticorps anti-SRAS-CoV-2 dans le lait maternel après la vaccination avec le Pfizer-BioNTech /BNT162b2 [angl.] : cette étude montre une élévation conséquente des niveaux d’IgG / IgA dans le lait maternel après la vaccination. Une réponse immunitaire similaire à celles observées dans des études antérieures sur la vaccination maternelle contre la grippe et la coqueluche. Une diminution concomitante des taux de maladies respiratoires infantiles suggère que la vaccination maternelle confère une protection contre l’infection chez les nourrissons allaités. Ainsi, la vaccination Pfizer-BioNTech / BNT162b2 pourrait également conférer une protection contre la COVID-19 aux nourrissons allaités. L’étude admet être limitée par un petit nombre de participants et souligne la nécessité d’autres études, mais suggère néanmoins un bénéfice immunitaire potentiel pour les nourrissons de personnes allaitantes jusqu’à 80 jours après la vaccination COVID-19.
Publié par : JC, Documentaliste IPA.
Mise à jour le 12/04/2021
Vaccination COVID-19 et allaitement

 

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